Contemporain

L’italienne qui ne voulait pas fêter Noël

L’italienne qui ne voulait pas fêter Noël de Jérémie Lefebvre

  • Auteur : Jérémie Lefebvre
  • Titre : L’italienne qui ne voulait pas fêter Noël
  • Genre : Contemporain
  • Éditions : Buchet Chastel
  • Nombre de pages : 258
  • Parution : 24 octobre 2019
  • Pour vous procurer ce livre, c’est ici

Résumé

Francesca a quitté Palerme pour étudier la littérature à la Sorbonne. Suite à un défi amoureux, elle relève le pari d’annoncer à sa famille qu’elle ne réveillonnera pas avec eux : en quoi cela poserait-il problème dans sa famille athée, de gauche, respectueuse de la liberté de chacun ? Mais c’était oublier l’importance de Noël dans la Péninsule…

Comme au début d’un film d’horreur, Francesca débarque à Palerme sans se douter un instant des catastrophes qui s’apprêtent à déferler sur elle. Sa mère, son père, son frère et sa sœur vont, tout en prétendant accepter ses choix, s’employer à la faire changer d’avis, et recourir aux moyens les plus loufoques et les moins loyaux… Cette plongée cocasse dans une famille sicilienne d’aujourd’hui ne serait-elle pas aussi une exploration de nos propres névroses, de notre rapport à la tradition, à l’appartenance – et à la gastronomie ?

Une subtile comédie à l’italienne qui joue avec les clichés des névroses familiales, de la France et de l’Italie.

Mon avis

Tout d’abord, je tiens à remercier Netgalley et les Éditions Buchet Chastel pour leur confiance et grâce à qui j’ai pu découvrir ce roman.

Paris. Francesca, une jeune italienne, se retrouve intégrée dans la capitale française pour ses études dans le cadre du programme d’échange Erasmus. Alors qu’elle reçoit deux de ses amis, Serguei et Mathieu, à dîner un soir, il va s’ensuivre un debat passionné sur le sentiment d’appartenance. Francesca soutient qu’elle est peu attachée à sa famille. Ne la croyant pas, Serguei va la mettre au défi de passer Noël sans sa famille. Nous allons donc suivre Francesca à Palerme et voir si elle va tenir ce pari.

Voilà un roman très original dans sa qualification. En effet, tout en étant inspiré de la plus pure tradition feel good, il a sa part de roman philosophique et est à la frontière de l’essai. C’est un mélange qui peut faire peur de prime abord, et pourtant, l’auteur a réussi à marier les trois genres à la perfection.

Je ressors totalement conquise de ce court roman à l’écriture fine et intelligente. Tout en passant un excellent moment de lecture, j’ai été amenée à réfléchir et à me poser une multitude de questions. Sous couvert d’humour, Jérémie Lefebvre va nous livrer une véritable satire sur la société, sur la politique italienne et divers autres sujets passionnants.

Le postulat de départ n’est qu’un prétexte à l’auteur pour dérouler un concentré de réflexions très pertinentes, pour nous amener à nous questionner et à réfléchir. C’est un véritable roman sociétal et l’auteur nous livre le tout sans fard.

J’ai beaucoup aimé le personnage de Francesca, mais surtout, j’ai aimé cette plongée totale dans Palerme. L’auteur a réussi à m’y immerger totalement.

La plume est très intéressante. Malgré certaines réflexions poussées en avant, le tout reste toujours très abordable. Les phrases sont longues mais elles sont tournées très harmonieusement. Les chapitres courts vont permettre au rythme de ne pas se déliter.

Un roman fin, intelligent, entre feel good et roman philosophique, et empli de réflexions très intéressantes, le tout servi par une héroïne très attachante. À découvrir.

Ma note : 17/20

Thriller

Régression

Régression de Fabrice Papillon

  • Auteur : Fabrice Papillon
  • Titre : Régression
  • Genre : Thriller
  • Éditions : Belfond
  • Nombre de pages : 480
  • Parution : 10 octobre 2019
  • Pour vous procurer ce livre, c’est ici

Résumé

Ils sont prêts.

Ils reviennent d’un lointain passé, d’une époque glorieuse.

Ils forment ce que Socrate et Homère nommaient déjà la race d’or. Ils viennent sauver la terre, et les hommes qui peuvent encore l’être. Pour les autres, ils n’auront aucune pitié.

L’heure du Grand Retour a sonné… et, pour le commandant Marc Brunier, celle de son ultime enquête.

36 000 ans avant Jésus-Christ. Une famille résiste au froid au fond d’une grotte de la péninsule Ibérique quand des hommes font irruption et massacrent les parents. Fascinés par la peau claire et les yeux bleutés du fils, les assaillants l’épargnent et l’enlèvent.

14 février 2020, Corse. Vannina Aquaviva, capitaine de gendarmerie à la section de recherche d’Ajaccio, découvre un charnier dans une grotte de Bonifacio. De son côté, la police retrouve un cœur en décomposition au pied d’un olivier millénaire du site préhistorique de Filitosa. Des scènes de crime similaires apparaissent sur d’autres sites de la préhistoire en Espagne puis en Angleterre.

Les premières analyses de la police scientifique sont stupéfiantes. Quelle est cette créature meurtrière dotée de capacités sidérantes ? Aux confins de l’Europe et jusqu’à la Russie des goulags et de Tchernobyl, une chasse à l’homme exceptionnelle commence à travers le monde et les âges, où l’on croise Homère, Socrate et son disciple Platon, Jésus et l’apôtre Jean, mais aussi Rabelais, Nietzsche ou encore le terrifiant Heinrich Himmler. Quel secret remontant à nos origines partagent tous ces hommes ? Après des millénaires de silence, une révélation est en passe de bouleverser l’équilibre même de l’espèce humaine…

Mon avis

Tout d’abord, je tiens à remercier Netgalley et les Éditions Belfond pour leur confiance et grâce à qui j’ai pu découvrir ce roman.

Corse, 2020. Alors que Vannina Aquaviva est capitaine de gendarmerie à la section de recherche d’Ajaccio, elle est dépêchée à Bonifacio pour une affaire des plus mystérieuses. La découverte d’un charnier dans une grotte va la bouleverser et elle se donnera tous les moyens pour savoir qui a commis cet indicible crime. Pendant ce temps, à Filitosa, la police va découvrir un cœur en décomposition auprès d’un olivier. Il va s’ensuivre d’autres découvertes macabres. Qui donc est coupable ?

J’avoue avoir débuté ce thriller que l’on peut qualifier de scientifique à bien égards avec grande curiosité, mais également avec grande crainte. En effet, j’ai eu peur que cela devienne technique et peut-être de me perdre dans les méandres de cette intrigue. Il n’en fut rien et la découverte du talent de cet auteur est indéniable.

Que d’originalité dans ce thriller rondement mené ! Si d’un côté, nous allons suivre l’enquête contemporaine qui se déroule en Corse, Fabrice a pris le parti d’insérer dans son roman des retours en arrière, qui, si de prime abord, n’ont rien à voir entre eux ou même avec l’enquête, finiront par révéler leurs mystères.

J’ai été particulièrement curieuse de ces retours dans le temps qui constituaient presque une espèce d’intermède et qui sont très divers, mettant en avant des personnages illustres, comme Homère, et des époques fascinantes. Au début, j’avoue que je me demandais où en voulait en venir l’auteur. Mais c’est très réussi finalement.

Ce thriller peut faire peur, et pourtant. L’auteur va toujours aborder le tout avec un jargon des plus compréhensibles, je ne me suis pas perdue une seule seconde. J’ai cependant parfois trouvé quelques petites longueurs, mais cela n’a pas émaillé mon plaisir de lecture. De plus, l’enquête se déroulant en Corse est un plus, Fabrice s’étant arrêté à nous décrire les magnifiques paysages.

Les personnages sont vraiment bien réussis. Je me suis particulièrement attachée à Vannina, que j’ai trouvée forte et affirmée. J’ai trouvé Carlier, alias Pierre Richard, particulièrement drôle et attendrissant.

La plume est parfaite, dynamique, et surtout, Fabrice Papillon a un talent de conteur incontestable, voué à ne pas perdre son lectorat avec le côté scientifique. Les chapitres alternent présent et passé à diverses époques. Ce mélange est réussi avec brio.

Un thriller scientifique prenant, mais surtout des plus abordables, à lire sans crainte de se perdre au milieu d’un jargon compliqué. L’intrigue est rondement menée, et le schéma narratif est original. Une très belle découverte.

Ma note : 17/20

Contemporain

Je ne suis pas seul à être seul

Je ne suis pas seul à être seul de Jean-Louis Fournier

  • Auteur : Jean-Louis Founier
  • Titre : Je ne suis pas seul à être seul
  • Genre : Contemporain
  • Éditions : J. C. Lattès
  • Nombre de pages : 200
  • Parution : 2 octobre 2019
  • Pour vous procurer ce livre, c’est ici

Résumé

Le premier souvenir de solitude ? Un petit garçon coiffé en brosse qui réclame sa mère à l’accueil d’un grand magasin.
Plus tard, c’est un enfant de 10 ans qui nage seul dans la mer du nord et qui lorsqu’il se retourne découvre la plage vide : personne ne l’a attendu. Puis c’est la première danse refusée, la première rupture, le premier deuil, mais c’est aussi tous ces moments choisis, voulus, espérés, goutés : seul avec un livre, avec une musique, seul à regarder les autres, seul en écrivant. Jean-Louis Fournier est toujours ce petit garçon, fils unique qui rêvait d’amitiés et d’une grande famille mais qui espérait aussi s’échapper, grandir, rester seul.
Aujourd’hui dans un grand appartement, après la mort de sa femme, de ses amis, de son éditeur, ce désir des autres et ce besoin de solitude sont restés les mêmes et il passe de l’un à l’autre. Avec un mélange de douceur, de tristesse et d’espièglerie, il regarde les fenêtres toujours fermées de ses voisins (des gens seuls comme lui ?), il observe ce monde où les hommes sont ultra connectés et semblent n’avoir jamais été aussi seuls, il attend la visite d’une jeune femme qui l’emmène au musée, qui le distrait, lui apporte sa jeunesse : mais des deux qui est le plus seul ?
Un livre tendre, délicat, mélancolique parfois qui ressemble à une aquarelle de Turner et à un dessin de Sempé.

Mon avis

Tout d’abord, je tiens à remercier Netgalley et les Éditions J. C. Lattès pour leur confiance et grâce à qui j’ai pu découvrir ce roman.

Le premier souvenir de solitude de l’auteur ? Un jour, à dix ans, lorsqu’il s’est retrouvé seul à l’accueil d’un magasin en attendant que sa maman vienne le récupérer. Il va alors s’ensuivre une succession de situations où Jean-Louis va se voir confronté à la solitude. Nous le retrouvons maintenant, alors que sa jeunesse s’est envolée pour faire place à la vieillesse, qu’il a perdu sa femme, et qui, malgré tous les moyens de communication actuels, se sent plus seul que jamais.

Ce court roman est une critique acerbe à ce sentiment de solitude, mais Jean-Louis a su aborder cette thématique délicate avec beaucoup de tact, beaucoup de tendresse et même parfois avec beaucoup d’humour. La solitude est un thème prolifique en littérature, et c’est la première fois que je la vois abordée sous cette perspective.

Je ressors totalement conquise de ce récit que j’ai lu d’une traite. L’auteur a su me convaincre tout du long. J’ai trouvé ses remarques sur la solitude très pertinentes et il nous livre une critique acerbe de notre société qui a l’air de faire peu de cas des personnes qui se sentent seules. La solitude fait peur, elle isole, elle met en retrait, mais parfois elle est recherchée également. C’est cet équilibre que va tenter de trouver Jean-Louis.

Ce roman est abordé d’une manière touchante, sans fard, mais surtout avec énormément d’humour et d’autodérision. Le ton est badin, certes, mais sous couvert de cette légèreté, il y a une réelle réflexion sur notre société. J’ai été totalement prise dans les filets de conteur de Jean-Louis Fournier. J’ai réellement été captivée.

La plume est d’une fluidité incroyable, les chapitres sont très courts, et une fois débuté, il est très difficile de lâcher ce livre. J’ai été en immersion totale avec ce que nous proposait l’auteur.

L’auteur nous livre ici une critique acerbe de la solitude, des peurs de la société actuelle face à ce mal en vogue, malgré tous les moyens de communication qui composent notre quotidien. Il le fera avec beaucoup d’humour, d’autodérision, mais toujours en livrant un message important.

Ma note : 18/20

Non classé

J’ai longtemps cru qu’il suffisait d’être deux

J’ai longtemps cru qu’il suffisait d’être deux d’Élise Karlin et de Sylvie Epelboin

  • Auteur : Élise Karlin et Sylvie Epelboin
  • Titre : J’ai longtemps cru qu’il suffisait d’être deux
  • Genre : Essai
  • Éditions : Grasset
  • Nombre de pages : 200
  • Parution : 9 octobre 2019
  • Pour vous procurer ce livre, c’est ici

Résumé

« J’ai longtemps cru qu’il suffisait d’être deux pour faire un enfant. Eve, Adam ; un instant d’éternité. La vie s’est chargée de me détromper : à 27 ans, comme de plus en plus de femmes, j’ai dû demander l’aide de la médecine pour tenter d’être mère. A l’hôpital Saint-Vincent-de-Paul, j’ai rencontré une gynécologue obstétricienne, Sylvie Epelboin. Elle a suivi ce long chemin avec moi. Un chemin qui a duré des années, qui a eu la peau de mon mariage, mais qui a créé un lien unique entre le docteur Epelboin et moi, entre la soignante et la patiente. » « Et moi, Elise, je me souviens de ce premier jour, de votre entrée avec Simon, dans mon cabinet. Vos regards, votre jeunesse, cette envie, et devant vous, la médecine, le temps…. »
Vingt-cinq ans plus tard, Elise propose à Sylvie de croiser leurs regards sur cette aventure, de mêler l’intime à la médecine. D’un côté, Elise, jeune adulte, jeune mariée, confrontée à une épreuve à laquelle elle n’était pas du tout préparée, hantée par les réminiscences d’épisodes très douloureux de son histoire. De l’autre côté, Sylvie, passionnée, engagée, féministe et mère, à l’origine d’un des premiers centres de fécondation in vitro en France, aussi attentive aux progrès de la Science qu’aux questions éthiques qui les traversent.
« Nous avons écrit toutes les deux, soucieuses de raconter au plus juste cette histoire d’intimité médicalement assistée. Peuvent s’y reconnaître les femmes à qui l’enfant se refuse, celles qui ont enfin mené à terme ces grossesses rêvées, et, bien sûr, les médecins, chercheurs, biologistes, qui, d’une manière ou d’une

Mon avis

Tout d’abord, je tiens à remercier Netgalley et les Éditions Grasset pour leur confiance et grâce à qui j’ai pu découvrir ce roman.

Deux femmes. Un combat qui va les unir. C’est l’histoire d’Élise, en quête d’une maternité qui se refuse obstinément à elle. C’est aussi l’histoire de Sylvie, médecin spécialisée dans l’obstétrique et les techniques de PMA, la procréation médicalement assistée. Ce témoignage relate le combat de ces deux femmes, l’une pour devenir mère, l’autre pour l’aider dans sa quête.

Je ressors bouleversée par ce beau récit à deux voix et je l’ai trouvé enrichissant. J’en ai appris énormément. Il m’est impossible de ne pas ressortir émue de ce témoignage livré sans fard par Élise, et sa quête de maternité désespérée.

Là où réside indubitablement la force de ce témoignage, c’est qu’il est écrit à quatre mains. En plus d’avoir les ressentis d’Élise, le médecin Sylvie Epelboin prendra la parole un chapitre sur deux pour nous fournir les éclaircissements pertinents pour ainsi saisir les diverses techniques mises en place pour aider Élise.

J’en ai ainsi appris beaucoup sur le médicament Distilbène, prescrit pour le risque de fausse couche et de ses effets néfastes constatés avec le temps. Sylvie nous parle aussi en détail de l’insémination, des FIV et des diverses évolutions des techniques médicales pour l’aide à la procréation.

Sylvie aborde ces questions dans un jargon certes médical, mais toujours accessible. Elle nous fournit des explications claires et détaillées et le parcours d’Élise n’en est que plus clair pour nous, simples observateurs.

Les plumes sont simples et fluides, sans fard, et avec pour but majeur de livrer les faits tels qu’ils sont, sans rien cacher. Les deux femmes se livrent littéralement, nous parlant même d’événements très personnels.

Au-delà de cette relation médecin-patient, les deux femmes mettront en exergue leurs liens amicaux indéfectibles qu’elles vont tisser au fil du temps. J’ai trouvé cela si beau et si bien rendu.

Un témoignage poignant, dur, mais nécessaire pour aider toutes les femmes dans ce cas de figure. Un récit écrit à quatre mains mais avec une même voix, un même combat, la recherche de maternité, pour l’une en tant que femme, et pour l’autre en tant que médecin. Bouleversant.

Ma note : 18/20

Thriller

Argent sale

Argent sale de Karin Slaughter et Lee Child

  • Auteur : Karin Slaughter et Lee Child
  • Titre : Argent sale
  • Genre : Thriller
  • Éditions : HarperCollins France
  • Nombre de pages : 160
  • Parution : 11 septembre 2019
  • Pour vous procurer ce livre, c’est ici

Résumé

Will Trent, du Georgia Bureau of Investigation, se fait engager sous une fausse identité comme main d’œuvre à Fort Knox après avoir découvert que l’individu qu’il soupçonne dans le meurtre d’un policier vingt-deux ans plus tôt, a été embauché pour l’inspection et le nettoyage des lingots d’or qui ont lieu tous les dix ans. Entré dans la célèbre chambre forte, il rencontre enfin le suspect : Jack Reacher.

Mon avis

Tout d’abord, je tiens à remercier Netgalley et les Éditions HarperCollins France pour leur confiance et grâce à qui j’ai pu découvrir ce roman.

Will Trent va se faire engager sous une fausse identité afin de rejoindre Fort Knox et ainsi pouvoir prendre contact avec un suspect qu’il soupçonne du meurtre d’un policier. Ce suspect n’est autre que Jack Reacher, embauché pour le nettoyage et l’inspection des lingots d’or.

Deux grandes figures du thriller contemporain, Karin Slaughter et Lee Child, ont eu la riche idée de s’associer le temps d’un court thriller, à la frontière de la nouvelle, et cela donne un récit étonnant et détonnant.

J’ai passé un excellent moment de lecture et j’ai été séduite de voir réunis les deux personnages emblématiques des auteurs, à savoir Will Trent en ce qui concerne Karin Slaughter, et Jack Reacher pour Lee Child.

Dès les premières lignes, le ton est donné. J’ai retrouvé toute la verve et la qualité des deux auteurs. Le thriller garde un rythme soutenu, et ce jusqu’à la toute fin. L’intrigue est prenante. Le seul petit bémol, c’est que c’est trop court, et que les auteurs ont intégré beaucoup d’éléments en même temps. Cela peut parfois paraître un peu emmêlé, mais il n’en est rien, finalement.

Les plumes s’harmonisent à la perfection. Ce ne doit pas être facile d’écrire un roman à quatre mains, et pourtant, ici, il est aisé de reconnaître la patte des auteurs. C’est très réussi à ce niveau. Le style est sans fard, direct, et les pages ont défilé.

Une très belle association de deux grandes plumes du thriller contemporain, où j’ai retrouvé avec grand plaisir leurs deux héros emblématiques, le temps d’une intrigue détonnante. À découvrir.

Ma note : 16/20

Thriller

L’expérience

L’expérience d’Alan Glynn

  • Auteur : Alan Glynn
  • Titre : L’expérience
  • Genre : Thriller
  • Éditions : Sonatine
  • Nombre de pages : 304
  • Parution : 10 octobre 2019
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Résumé

Une mémoire inépuisable, des capacités démultipliées, que feriez vous à la place de Ned Sweeney?

New York, années 2000. Tout ce que Ray Sweeney, lobbyiste, sait de son grand-père Ned, c’est que ce dernier a mis fin à ses jours en sautant par la fenêtre d’un hôtel de Manhattan. Jusqu’à ce qu’il rencontre Clay Porter, ex-conseiller de Richard Nixon, qui semble avoir bien connu Ned. Et le vieil homme a une autre histoire à raconter : celle d’une drogue mystérieuse développée par la CIA, décuplant l’intelligence de ses utilisateurs.

New York, années 50. Simple employé dans une agence de publicité de Madison Avenue, Ned vit une expérience des plus particulières. Au contact d’une substance étrange, il est comme transporté au-dessus de ses capacités, il pénètre les arcanes de la haute société, rencontre Marlon Brando, Dylan Thomas et Marilyn Monroe, voit son horizon s’élargir de façon littéralement hallucinante. Mais combien de temps peut-il tenir un tel rythme, et à quel prix ?

En suivant le parcours du grand-père et du petit-fils, le lecteur sidéré plonge dans le monde caché des années 50, celui des riches et des puissants, peuplé de stars sous influence et de conspirations majeures qui façonneront de façon durable notre monde.

Mon avis

Tout d’abord, je tiens à remercier Netgalley et les Éditions Sonatine pour leur confiance et grâce à qui j’ai pu découvrir ce roman.

Imaginez ! Vos facultés sont soudain démultipliées, votre mémoire est inépuisable et vous développez des capacités incroyables, tout cela grâce à une substance, le MDT-48. Comment réagiriez-vous ? C’est à cela que va devoir faire face Ned Sweeney dans les années 50. Son petit-fils Ray marchera sur ses pas dans les années 2000.

Voilà une expérience de lecture unique et des plus intéressantes, même si j’avoue avoir eu davantage d’attentes autour de ce thriller. L’auteur nous propose un postulat de départ des plus intéressants, et tout cela sera prétexte à aborder multitude de thématiques. Ce thriller est donc très riche en idées.

Les deux destins du grand-père et du petit-fils seront étroitement liés, et ce, jusque dans le schéma narratif, puisque l’auteur va nous proposer une alternance dans les chapitres, entre les deux personnages, et cela est totalement maîtrisé.

Le lecteur n’a donc pas le temps de s’ennuyer. J’ai beaucoup aimé la partie présente avec Ray. Le côté enquête m’a bien plu. Par contre, j’en attendais plus dans la mesure où j’aurais apprécié un rythme plus trépidant. Il m’a semblé que par moments l’auteur avait tendance à s’enliser dans une intrigue qui peinait à passer un coup d’accélérateur.

La plume est fluide, et le schéma narratif permet au lecteur de maintenir son intérêt tout au long du roman. Il m’a simplement manqué un style plus dynamique et plus entraînant.

Un thriller au postulat de départ des plus originaux, deux personnages masculins forts et une intrigue qui aborde beaucoup de thématiques très diverses sont sans aucun doute le point fort de ce roman. Cependant, je n’aurais pas été contre plus de dynamisme.

Ma note : 16/20

Historique

La passagère du Saint-Louis

La passagère du Saint-Louis d’Armando Lucas Correa

  • Auteur : Armando Lucas Correa
  • Titre : La passagère du Saint-Louis
  • Genre : Historique
  • Éditions : Presses de la Cité
  • Nombre de pages : 400
  • Parution : 19 septembre 2019
  • Pour vous procurer ce livre, c’est ici

Résumé

Berlin, 1939. Avant que l’Europe plonge dans le chaos, Hannah Rosenthal, douze ans, avait une vie de rêve. A présent, après avoir vu de menaçants drapeaux envahir les rues et assisté à la longue descente aux enfers des siens, elle erre en ville en compagnie de son ami Leo. Survivant tant bien que mal, les deux adolescents et leurs familles cherchent à quitter le Reich par tous les moyens. L’espoir renaît bientôt sous la forme du Saint-Louis, un paquebot transatlantique faisant route vers Cuba, sur lequel ils embarquent, avec de nombreux autres juifs.
Mais, au fil de la traversée, les portes se ferment les unes après les autres au nez des exilés, et Hannah comprend que le navire auquel ils doivent leur salut pourrait bien les conduire à leur perte… New York, 2014. Le jour de son douzième anniversaire, Anna Rosen reçoit un paquet en provenance de Cuba, dont le contenu la pousse à se rendre à La Havane… Inspirée de faits réels et entrelaçant deux époques, La Passagère du Saint-Louis met en lumière une terrible odyssée, à l’aube de la Seconde Guerre mondiale.
Et puisque l’Histoire ne cesse de se répéter, l’auteur nous offre une ode poignante et nécessaire à la liberté et à la solidarité.

Mon avis

Tout d’abord, je tiens à remercier Netgalley et les Éditions Presses de la Cité pour leur confiance et grâce à qui j’ai pu découvrir ce roman.

Le paquebot Saint-Laurent a réellement existé. En 1939, les Juifs allemands sont persécutés, des lois sur l’immigration et l’émigration ont accentué leurs difficultés pour quitter l’Allemagne, et ils se voyaient dans l’obligation de se dépouiller de tous leurs biens au profit des nazis. Pour quitter le Reich, certains d’entre eux décident donc d’embarquer à bord du Saint-Louis à destination de Cuba comme dernier recours. C’est donc dans ce contexte que nous découvrons l’histoire d’Hannah et de Léo, jeunes adolescents, et de leurs familles, à bord du Saint-Louis et dans un espoir d’exil pour un meilleur quotidien.

C’est un très beau roman que nous livre ici l’auteur. J’avouais ignorer totalement ce passage de l’Histoire. Malheureusement, cette traversée ne va pas se passer comme espéré. C’est un sujet dur qu’aborde Armando Lucas Correa et il le fait remarquablement bien.

L’auteure a su mêler la petite histoire dans la grande, et à partir d’un fait historique réel, il a su créer une intrigue prenante, bouleversante et incroyablement émouvante. Je me suis totalement attachée à la petite Hannah. En parallèle, nous suivons l’histoire d’Anna, qui elle, se déroule en 2014. Bien évidemment, le destin de ces deux femmes est étroitement lié.

La plume est sobre, fluide et pleine de délicatesse. L’auteur a un réel talent de conteur et a su m’embarquer dans un tourbillon d’émotions. Le schéma narratif est classique, alternant les passages du passé et ceux du présent. S’il est vrai que comme souvent dans ce genre de romans, j’ai préféré la partie du passé, celle du présent n’en reste pas moins interessante.

Un roman émouvant sur une réalité méconnue de la Seconde Guerre Mondiale et peu abordée dans la littérature. J’ai été bouleversée et j’ai suivi ce récit avec beaucoup d’émotions. Une réussite.

Ma note : 18/20

Contemporain

Il était une voix…

Il était une voix… de Marina Al Rubaee

  • Auteur : Marina Al Rubaee
  • Titre : Il était une voix…
  • Genre : Contemporain
  • Éditions : Fayard/Mazarine
  • Nombre de pages : 272
  • Parution : 18 septembre 2019
  • Pour vous procurer ce livre, c’est ici

Résumé

C’est l’histoire d’une petite fille devenue femme, née dans une famille considérée comme différente et en difficulté par la société, du fait de la surdité de ses parents. Et pourtant, elle a senti, observé, vécu des situations qui sortent du commun et lui ont donné la force d’appréhender la vie autrement. Là d’où elle vient, on allume et on éteint la lumière pour faire remarquer sa présence. On ne dit pas, mais on «_parle_» et montre les choses avec les mains. Et on ne laisse jamais tomber.
Marina Al Rubaee nous invite à entrer dans une autre réalité, un univers où elle a dû très tôt prendre le rôle d’une adulte en devenant une aidante – quelqu’un qui s’occupe de proches en situation de dépendance.
Vue de l’extérieur, cette situation paraît extraordinaire alors que, pour elle, c’est une vie des plus ordinaires.

Mon avis

Tout d’abord, je tiens à remercier Netgalley et les Éditions Fayard/Mazarine pour leur confiance et grâce à qui j’ai pu découvrir ce roman.

Marina Al Rubaee, l’auteure de ce roman, est fille de parents sourds tous les deux. Dès son plus jeune âge, elle sera le pont qui relie ses parents avec le monde des entendants. Elle sera leur traductrice, leur lien avec le monde sonore extérieur. Au travers de ce récit, Marina va nous sensibiliser à cette différence, à cette vie particulière qu’elle a eue, mais dont elle est sortie plus enrichie.

J’ai été très émue en découvrant ce témoignage que j’ai trouvé passionnant à bien des égards. Il est très intéressant d’avoir le point de vue de Marina, et toutes les explications qu’elle nous fournit au fur et à mesure sont nécessaires. Elle mettra par exemple un point d’honneur à éviter que la société stigmatise les non-entendants. À tort, l’on a tendance à croire que ces personnes sont muettes, et il n’en est rien. Marina va sensibiliser le lecteur. Elle mettra en exergue toutes les difficultés liées au quotidien et rencontrées par ces personnes.

Elle va nous livrer ses tranches de vie auprès de ses parents « différents ». Elle nous montrera à quel point elle a pris son rôle de traductrice très au sérieux et ce, depuis son plus jeune âge, afin que ses parents puissent communiquer sereinement.

Marina a finalement grandi très vite, trop peut-être. À la tête de sa fratrie, c’est elle qui prendra la responsabilité d’aider les parents, que ce soit avec les communications extérieures, comme les rendez-vous chez le médecin, ou les papiers administratifs à remplir. Elle m’a énormément touchée, et je l’ai vue forte mais aussi fragile. Ses rêves de devenir journaliste sont beaux. Je l’ai trouvée admirable à bien des égards.

La plume est d’une grande fluidité, et Marina a su romancer son témoignage afin de ne pas ennuyer son lectorat. J’ai tout simplement été passionnée, ce récit m’a énormément touchée et je sais que j’y repenserai souvent.

Sous forme de récit-témoignage, Marina nous livre son quotidien auprès de ses parents non-entendants, sans fards, mais avec beaucoup de pudeur aussi. Elle a su parsemer son texte de petites touches d’humour, mais surtout de beaucoup d’amour. Un récit à mettre dans toutes les mains.

Ma note : 17/20

Non classé

Giono, furioso

Giono, furioso d’Emmanuelle Lambert

  • Auteur : Emmanuelle Lambert
  • Titre : Giono, furioso
  • Genre : Essai
  • Éditions : Stock
  • Nombre de pages : 280
  • Parution : 18 septembre 2019
  • Pour vous procurer ce livre, c’est ici

Résumé

Icône littéraire, auteur d’une oeuvre abondante, (Le Hussard sur le toit ; Un roi sans divertissement ; Colline…), Giono semble être l’écrivain patrimonial par excellence, voué à être étudié, admiré, célébré. Derrière l’image d’Épinal de l’écrivain provençal se cache pourtant un poète nerveux et tourmenté, un homme défait par la guerre et travaillé par la noirceur, l’amour et le désir tout autant que par la quête de paix et de lumière. À la frontière de l’essai et de la biographie, Emmanuelle Lambert construit le portrait intime d’un auteur aussi rayonnant qu’obscur, une méditation incarnée sur la puissance du geste créateur.

Mon avis

Tout d’abord, je tiens à remercier Netgalley et les Éditions Stock pour leur confiance et grâce à qui j’ai pu découvrir ce roman.

Emmanuelle Lambert, commissaire de l’exposition en honneur à Jean Giono et son œuvre, et qui ouvrira ses portes le 30 octobre prochain au MUCEM de Marseille, se décide à écrire un essai sur cet auteur emblématique. Je peux d’emblée vous dire que j’en ressors conquise.

Jean Giono est incontestablement l’une des grandes figures de la littérature du vingtième siècle. Qui ne connaît pas ce grand auteur, duquel on a lu tant de livres, parfois avec un ennui poli lorsque nous étions jeunes, tout comme l’auteure, mais en apprivoisant peu à peu ce style si particulier ? C’est d’ailleurs grâce à l’enthousiasme immodéré de l’un de ses professeurs, monsieur S., que l’auteure admet ne pas avoir renoncé à découvrir Giono plus tard.

C’est un bel hommage que va ici livrer Emmanuelle Lambert à cet auteur. Elle ne va pas se contenter de consacrer son essai à l’œuvre de l’écrivain, mais elle mettra également en avant la source de ses écrits. Lorsque l’on évoque Giono, on pense immanquablement à la lumière, à la Provence, mais Emmanuelle va mettre en exergue cette part d’ombre qui ressort des romans, cette obscurité qui, sans elle, ne permettrait pas à toute la luminosité de l’œuvre de Giono de ressortir. Il y a une véritable dualité que l’auteure nous explique avec finesse et clarté.

Rédiger un essai sur un écrivain nécessite une parfaite connaissance de ses œuvres. Et il faut dire que l’auteure a excellé dans ce domaine, maîtrisant les écrits de Giono à la perfection. Elle connaît son sujet et c’est essentiel pour une parfaite immersion du lecteur.

En marchant dans les pas de Giono, Emmanuelle Lambert va nous rapprocher de lui, et laisser de côté la part uniquement écrivaine de l’auteur. Elle va nous présenter diverses facettes, qu’elles soient humaines ou sociales, de cet auteur au quotidien si riche. J’ai tour à tour découvert une personnalité sensible, complexe, lumineuse, mais également avec ses parts d’ombre. Pour Emmanuelle, Jean Giono est le « furieux » et cette fureur de vivre se reflètera tout au fil des pages.

La plume est sublime. Tantôt délicate, tantôt furieuse, elle s’harmonise à la perfection avec le sujet du livre. L’auteure parsèmera son essai de quelques réflexions personnelles que j’ai trouvées fort intéressantes, et nous livre une analyse des œuvres de Giono, avec beaucoup de respect, d’admiration et de justesse.

Cet essai constitue un magnifique hommage à la mémoire de Jean Giono, l’une des grandes figures littéraires du vingtième siècle. Sous une plume sensible et furieuse à la fois, et grâce à une connaissance exhaustive de l’œuvre de cet écrivain, Emmanuelle Lambert nous livre ici un document de poids, qui mettra en exergue bien d’autres facettes de Giono que celle du simple écrivain. Une réussite.

Ma note : 19/20

Contemporain

L’apparition de l’oubli

L’apparition de l’oubli d’Alexis Sukrieh

  • Auteur : Alexis Sukrieh
  • Titre : L’apparition de l’oubli
  • Genre : Contemporain
  • Éditions : Astre Bleu
  • Nombre de pages : 180
  • Paurtion : 18 septembre 2019

Résumé

Arthur a perdu son père il y a deux ans.

Il replonge dans le film de ses dernières heures, les frontières temporelles s’effacent et les souvenirs s’enchaînent depuis sa plus tendre enfance.

Son père dans le potager, son père coupant du bois pour la cheminée, son père à ses côtés dans les moments importants de sa propre vie. Les lectures partagées, sa philosophie qu’il inculquait à ses fils.

Et les vacances en Syrie où il découvre un « autre » père, attaché à ses origines. 

Arthur a-t-il accordé suffisamment de place dans sa vie à cette part de son histoire personnelle ?

C’est maintenant, par son silence absolu, que Raïf lui dit tout. 

« L’apparition de l’oubli » nous interroge et explore ce que la traversée du deuil change en chacun de nous.

Mon avis

Tout d’abord, je tiens à remercier l’auteur Alexis Sukrieh pour sa confiance et grâce à qui j’ai pu découvrir ce roman.

Arthur vient de perdre son père. C’est alors que la peur de l’apparition de l’oubli va prendre forme, insidieusement. Et s’il finissait par ne plus se souvenir des traits de son papa, et s’il finissait par oublier ? Et pourtant, tous les souvenirs refont surface.

C’est un roman qui m’a énormément touchée pour bien des raisons. Alexis va explorer les diverses facettes du deuil qui sont propres à chacun mais qui pourtant ne sont pas si différentes d’une personne à l’autre. C’est de cette peur de l’oubli que va naître une autre perspective.

Arthur va commencer à se souvenir de ce père aimant, de ces détails auxquels on n’attache pas forcément une importance capitale sur le moment, mais que l’on sait finalement qu’ils nous ont forgés. J’ai été profondément émue par le personnage d’Arthur, par la relation avec son père.

L’auteur va alterner les passages traitant du deuil en lui-même, et celui des souvenirs d’avant. Il va ainsi se rappeler et évoquer à nouveau ces petites actions avec ce père aimant, ces vacances en Syrie, où il découvre un père différent. C’est vraiment émouvant et j’ai été très touchée.

La plume d’Alexis est sublime. Les mots s’alignent avec une harmonie parfaite et sans fausse note. Beaucoup de poésie dans les descriptions. L’émotion est là. Ce récit est intimiste, empli de pudeur.

Un récit sur le deuil, sur la peur de l’oubli, sur les souvenirs. J’ai été très émue pour beaucoup de raisons. Ce n’est pas un sujet facile, et pourtant, Alexis Sukrieh a su en faire un récit empli de pudeur et de sensibilité. C’est un très beau roman intimiste.

Ma note : 17/20